Population de l’Allemagne en 2020 : chiffres et analyse

par Gérard Cornilleau

Les dynamiques démographiques de l’Allemagne et de la France dessinent des trajectoires radicalement différentes. Ce décalage n’a rien d’anodin : il se répercute sur les dépenses sociales, le marché du travail, la capacité productive et la gestion des dettes publiques. En Allemagne, la question de la dette publique inquiète d’autant plus que la population vieillit vite et se contracte. Face à ces réalités, il apparaît évident qu’aucune politique uniforme ne saurait convenir aux deux pays. La démographie impose des choix distincts de chaque côté du Rhin.

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Ces écarts prennent racine dans l’histoire européenne, marquée par les guerres. Un simple regard sur les pyramides des âges (Figure 1) suffit à saisir l’ampleur des différences. En Allemagne, les générations les plus nombreuses sont celles nées sous le régime nazi, jusqu’en 1946, puis les enfants du baby-boom tardif, nés au milieu des années soixante. La France, elle, a connu un creux démographique dans les années trente, ce qui limite la vigueur de son propre baby-boom, débuté dès 1945, alors qu’en Allemagne, les naissances chutent brutalement après la guerre et le rebond ne prendra de l’ampleur qu’à la fin des années 1960. La France se distingue ensuite par un ralentissement du taux de natalité moins marqué après la crise des années 1970, et par une reprise de la fécondité depuis les années 1990. Résultat : avec un taux de fécondité proche de 2 enfants par femme, la taille des générations françaises reste stable de 1947 à nos jours. Côté allemand, la réunification a provoqué une chute de la fécondité dans l’ex-RDA, qui n’a rejoint le niveau ouest-allemand qu’à la moitié des années 2000 (voir graphique 2). Depuis la guerre, la fécondité française a systématiquement dépassé celle de l’Allemagne, et l’écart s’est creusé depuis le début des années 2000. En 2011, la France comptait ainsi 828 000 naissances, contre 678 000 en Allemagne, soit un écart de 22 %.

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Aujourd’hui, les deux pays avancent à des vitesses opposées. La France maintient une fécondité qui assure une relative stabilité de la population. L’Allemagne, à l’inverse, fait face à une natalité trop faible pour enrayer le déclin démographique et le vieillissement rapide de sa population (voir graphiques 3 et 4).

Les projections de la Commission européenne sont sans appel : d’ici 2060, l’Allemagne perdrait plus de 15 millions d’habitants, tandis que la France en gagnerait près de 9 millions. Vers 2045, les deux pays devraient afficher une population similaire, autour de 73 millions d’habitants. Mais en 2060, la France compterait environ 7 millions de personnes de plus que l’Allemagne (73 millions contre 66).

En matière de migration, la croissance démographique reste modérée des deux côtés. Entre 2000 et 2010, l’Allemagne affiche un solde migratoire de 1,87 pour mille puis 1,34 pour mille, contre 2,55 et 1,62 pour mille pour la France. À l’avenir, la Commission européenne table sur des taux migratoires nets proches dans les deux pays, contribuant à une hausse de population estimée à 6 % d’ici 2060. Les Nations Unies envisagent une tendance similaire, avec une baisse générale des migrations internationales liée à la hausse des niveaux de vie dans les pays d’émigration. L’Allemagne, qui n’a pas construit de liens solides avec les principales zones d’émigration, ne dispose pas d’un vaste réservoir de main-d’œuvre extérieure.

Le basculement démographique paraît donc inéluctable. L’Allemagne va vieillir plus vite que la France (voir Figure 4) : en 2060, près d’une personne sur trois aura plus de 65 ans en Allemagne, contre un peu moins de 27 % en France.

Cette évolution se traduira par des pressions bien différentes sur les systèmes de retraite. Les projections de la Commission européenne montrent que la part des retraites dans le PIB progresserait faiblement en France entre 2010 et 2060 (de 14,6 à 15,1 %, soit +0,5 point), mais nettement plus en Allemagne (de 10,8 à 13,4 %, soit +2,6 points). Le contraste est d’autant plus frappant que l’âge légal de départ à la retraite sera repoussé à 67 ans en Allemagne, contre 62 ans en France.

Le marché du travail non plus n’échappera pas à ce clivage. De 2000 à 2011, actifs français et allemands ont progressé d’ampleur comparable, 7,1 % en Allemagne, 10,2 % en France, mais la dynamique diffère : en Allemagne, ce sont surtout les taux d’activité qui tirent la hausse, en France, la démographie explique à elle seule 85 % de la progression. L’Allemagne a peu de marge pour gonfler davantage ses taux de participation : le taux d’activité féminin est déjà élevé, les politiques familiales encouragent le travail des femmes, mais le problème de fond reste la faiblesse de la natalité. La France, à l’inverse, peut encore compter sur une montée en puissance de l’activité des seniors, grâce à la suppression de la retraite anticipée et à l’allongement de la durée d’assurance pour la retraite à taux plein. Sur le terrain, les effets se font sentir : le taux d’emploi des plus de 55 ans grimpe, même en période de crise. En Allemagne, l’emploi des seniors progresse aussi, mais l’effet de rattrapage ne peut pas se prolonger indéfiniment. À long terme, les taux d’emploi devraient converger entre les deux pays. Selon la Commission européenne, entre 2010 et 2020, le taux de participation allemand pourrait croître de 1,7 point (de 76,7 à 78,4 %), contre 2,7 points pour la France (de 70,4 à 73,1 %). D’ici 2060, le taux français progresserait deux fois plus que le taux allemand (4,2 points contre 2,2), mais resterait inférieur (74,7 % contre 78,9 %), ce qui laisse à la France une marge de progression supplémentaire.

Ce décalage démographique pèse directement sur le potentiel de croissance à moyen et long terme. La Commission européenne, partant de l’hypothèse d’une convergence de la productivité du travail à 1,5 % par an en Europe, anticipe une croissance potentielle pour la France deux fois supérieure à celle de l’Allemagne d’ici 2060 : 1,7 % par an contre 0,8 %. Jusque vers 2015, l’écart resterait modéré (1,4 % pour la France, 1,1 % pour l’Allemagne), puis il s’accentuerait : en 2020, la croissance française atteindrait 1,9 %, contre 1 % en Allemagne.

Conséquence directe, le jeu d’équilibre entre les PIB français et allemand pourrait s’inverser aux alentours de 2040 (voir graphique 5).

Les disparités démographiques entre la France et l’Allemagne donnent donc une grille de lecture cohérente : les dépenses sociales liées à l’âge pèseront bien plus lourd sur l’Allemagne. Conséquence logique, à dette/PIB égal en 2012, la dette française paraît moins problématique à long terme que celle de son voisin.

Voir « The 2012 Ageing Report », Economie européenne 2/1012.

Cf. Nations Unies, Département des affaires économiques et sociales, Division de la population (2011). World Population Prospects : The 2010 Revision, édition CD-ROM.

Les projections anticipent un solde migratoire légèrement plus élevé en Allemagne qu’en France autour de 2025-2030, atteignant 130 000 par an contre moins de 100 000 en France. Mais sur la période 2010-2060, l’écart resterait minime : la migration augmenterait la population de 6,2 % en Allemagne et de 6 % en France, en proportion de la population de 2010.

Op. cit.

Voir le rapport sur l’évolution de la population active en 2011 de l’Insee : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1415/ip1415.pdf

Op.cit.

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