Les marsupiaux : qui sont-ils vraiment et où les trouve-t-on ?

L’Australie n’a pas volé sa réputation de terre d’animaux à part. Ici, des créatures transportent leur progéniture dans une poche ventrale. Si le koala et le kangourou accaparent la lumière, ils ne sont que la pointe d’un iceberg marsupial bien plus vaste. Ce continent regorge de surprises à fourrure, moins connues mais tout aussi fascinantes.

1. Le quokka, la célébrité souriante venue de Rottnest

Voilà encore quelques années, le quokka passait sous les radars. Aujourd’hui, il fait la une des réseaux sociaux, sacré « animal le plus heureux du monde » avec son sourire perpétuel. Derrière cette bouille irrésistible, certains y voient un rat dodu. Le quokka, pourtant, n’a rien d’un rongeur ordinaire. Sa gentillesse désarme, sa confiance amuse. Difficile de ne pas craquer, beaucoup rêvent secrètement d’en adopter un sur-le-champ.

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Pour croiser ce marsupial, cap sur Rottnest Island, au large de Perth, en Australie-Occidentale. Sur cette île, près de 10 000 quokkas vivent en liberté. Les voir n’a rien d’un exploit, surtout au soleil couchant : ils sortent un à un, se laissent approcher et semblent apprécier les séances photo improvisées. Impossible de résister à l’appel du selfie, ils y participent volontiers, sans jamais se montrer agressifs.

2. Le sugar glider, funambule de nuit

Les écureuils manquent à l’appel en Australie. Mais leurs cousins marsupiaux prennent le relais… en version volante ! Le sugar glider, ou planeur en sucre, déploie ses membranes souples entre pattes et flancs pour traverser la canopée. En écartant les membres, il transforme sa peau en aile : résultat, il plane d’arbre en arbre, défiant la gravité avec une grâce insolite.

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Sugar Glider, zoo tropical de Cairns, Queensland
Une nuit, accompagnés par Tina, garde forestière, nous arpentions la forêt d’eucalyptus équipés de lampes adaptées. Objectif : repérer opossums et planeurs sans abîmer leurs yeux sensibles. Soudain, une silhouette s’élance depuis la cime. Tina, surprise, avoue n’avoir jamais assisté à pareil envol. L’émotion se lit sur son visage, et sur le nôtre.

Fait étonnant, les combinaisons utilisées en base jump ou parachutisme s’inspirent directement de la morphologie du sugar glider. La nature, bien souvent, précède l’innovation.

3. Le kangourou arboricole, l’équilibriste des tropiques

Des kangourous perchés dans les arbres ? L’idée surprend, mais ces marsupiaux existent bel et bien. Plus rares, plus discrets que les géants bondissant dans le bush, les kangourous arboricoles peuplent les montagnes tropicales du Queensland, entre la forêt de Daintree et les Tablelands. Ils mesurent entre 50 et 80 cm, queue non comprise, laquelle peut atteindre 90 cm.

Tree Kangaroo, retraite du cratère du mont Quincan, Queensland
Autrefois, tous les kangourous vivaient dans les arbres, ressemblant à de gros opossums. Au fil du temps, certains se sont adaptés au sol (les macropodes), tandis que quelques irréductibles sont restés perchés. Les kangourous arboricoles possèdent de longues pattes arrière pour sauter, mais aussi des membres antérieurs robustes et griffus pour agripper l’écorce. Leur queue, véritable balancier, leur offre un sens de l’équilibre redoutable. Ils progressent sur les branches en bondissant, capables de franchir plusieurs mètres d’un saut, mais savent aussi marcher à quatre pattes dans les feuillages.

Pour espérer en observer, le mieux reste de randonner dans les plateaux d’Atherton, non loin de Cairns. Le centre d’information de Malanda fournit cartes et conseils, et avec de bonnes jumelles, la rencontre reste possible. Il existe aussi une adresse hors du commun : au Mt Quincan Crater Retreat, les chalets sur pilotis surplombent la forêt. Une vingtaine de ces grimpeurs y vivent. Parfois, l’un d’eux se laisse apercevoir depuis le balcon. Un spectacle rare, à la hauteur du lieu.

4. L’opossum à queue de brosse dorée, curiosité blonde des nuits australiennes

L’Australie se distingue par sa multitude d’opossums. Ces animaux nocturnes sortent dès la tombée de la nuit. On peut les croiser au hasard d’une rue, dans les sanitaires d’un camping ou sur les toits des maisons. Leur popularité, disons-le, reste mitigée : ils causent des dégâts, fouillent partout, font grand bruit et se reproduisent vite. Pourtant, difficile de rester insensible devant un opossum à la fourrure dorée. Cette couleur spectaculaire provient d’une mutation génétique qui réduit la mélanine, le même pigment qui bronze la peau.

Possum Golden Brushtail, Currumbin Wildlife Sanctuary, Queensland
Dans la nature, leur survie s’annonce difficile, faute de camouflage. Pour admirer ce spécimen unique, rien de tel qu’un parc animalier, comme le Currumbin Wildlife Sanctuary sur la Gold Coast. Ici, les visiteurs croisent d’autres marsupiaux insolites, mais la star dorée attire tous les regards.

5. Le wombat, bulldozer discret des prairies australes

Impossible de parler marsupiaux sans évoquer le wombat. Cette boule de muscles à pattes courtes file sous terre à la moindre alerte. Ne vous fiez pas à son allure pataude : adulte, il peut mesurer 1,30 mètre et peser jusqu’à 36 kilos. Champion du terrassement, il passe la majorité de ses journées au frais dans un terrier profond, où il dort parfois 16 heures d’affilée. En captivité, il n’est pas rare de le voir sur le dos, pattes en l’air, l’air de se moquer du monde. Le soir venu, il sort brouter et peut passer six heures à grignoter avant de regagner son abri. Sa méthode pour retrouver sa tanière ? Il marque le périmètre avec des crottes, une signature olfactive imparable.

Wombat, zoo tropical de Cairns, Queensland
En caressant le bas de son dos au zoo, on découvre une armure naturelle : un os épais protège cette zone. Si un prédateur attaque, le wombat rentre la tête, ne laissant que ce « bouclier » exposé. Résultat, l’agresseur risque fort d’y laisser quelques dents.

Pour observer des wombats dans la nature, direction les prairies du Victoria ou de Tasmanie, où ils sont encore relativement nombreux. La nuit ou à l’aube, ils s’aventurent hors de leur terrier, l’instant idéal pour tenter sa chance.

6. Le bilby, le lapin des déserts australiens

Le bilby incarne à merveille la singularité australienne. Ce petit mammifère à la fourrure soyeuse rappelle un lapin, grandes oreilles comprises. À Pâques, les supermarchés locaux arborent des bilbies en chocolat, clin d’œil à leur statut d’icône nationale.

Spécialiste des milieux arides, le bilby se rencontre dans certaines régions reculées : Queensland intérieur (parc national Diamantina), Territoire du Nord (désert de Tanami), Australie-Occidentale (Grand désert de sable, Kimberleys).

Parc animalier de Bilby, David Fleays, Queensland
Menacé d’extinction à cause des prédateurs introduits, renards, chiens,, le bilby fait l’objet de programmes de sauvegarde. En liberté, il reste quasi invisible : nocturne, discret, vivant dans des zones rarement fréquentées. Au cours d’un séjour dans le parc national de Diamantina, quelques terriers repérés témoignaient de leur présence. Ces experts du terrassement creusent des galeries de deux mètres de profondeur et trois mètres de long, à l’abri des chaleurs et des prédateurs. À défaut de croiser un bilby sauvage, les parcs animaliers du Queensland permettent une rencontre plus accessible.

7. Le diable de Tasmanie, survivant à la voix perçante

Ce marsupial défie tous les clichés. Bébé, il séduit par son air innocent ; adulte, il développe une démarche nonchalante, presque comique. Mais son attachement à l’humain ne faiblit pas.

Diable de Tasmanie, Currumbin Wildlife Sanctuary, Queensland
Ce petit prédateur repère ses proies à l’odorat sur plusieurs kilomètres et se fait entendre à la ronde grâce à ses cris stridents. Mauvais chasseur, il se contente la plupart du temps de charognes ou d’animaux écrasés sur la route.

La survie du diable de Tasmanie est gravement menacée par une tumeur cancéreuse contagieuse, qui déforme son visage et décime les populations. Les chercheurs poursuivent leurs investigations pour comprendre ce fléau. Les parcs animaliers australiens participent à la sauvegarde de l’espèce, via des programmes d’élevage et de recherche. Dans la nature, rares sont ceux qui peuvent encore croiser cet animal singulier sur l’île de Tasmanie.

De la star souriante de Rottnest au discret terrassier des déserts, les marsupiaux australiens dessinent une faune à nulle autre pareille. Un univers où la poche n’est pas qu’un détail anatomique, mais un passeport pour l’étrange. Qui sait quel prochain animal du bush s’invitera dans notre imaginaire collectif ?

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