Les langues officielles et principales parlées à Singapour

Un chiffre brut : vingt-quatre langues résonnent chaque jour dans les rues de Singapour. Derrière cette mosaïque linguistique, l’île-État a fait le choix de la pluralité officielle, avec quatre langues reconnues et un usage quotidien qui ne cesse d’évoluer. Aujourd’hui, Le Botin s’intéresse à la langue parlée à Singapour. Il convient de noter que l’État de Singapour compte quatre langues officielles qui coexistent quotidiennement avec vingt autres langues parlées sur le territoire.Nous allons donc examiner les quatre langues officielles, dont la première peut sembler surprenante pour une île située en Asie.

La principale langue parlée à Singapour est l’anglais

Singapour a pris une direction singulière dès la fin de la colonisation britannique : l’anglais devient alors la langue du pays, non comme simple héritage, mais comme levier de modernité. Sous le contrôle britannique, l’anglais s’est imposé dans les tribunaux, l’administration, les transactions commerciales. Et ce prestige n’a fait que croître. Avec l’indépendance en 1965, l’État singapourien a délibérément choisi de miser sur cette langue, persuadé qu’elle ouvrirait les portes du commerce mondial et de la science.

La généralisation de l’anglais s’est accélérée à travers l’éducation, qui s’est massivement ouverte à la population. Progressivement, l’anglais a supplanté le chinois dans les écoles, jusqu’à devenir la langue d’enseignement la plus répandue. Ce choix n’a rien d’anodin : il traduit une volonté de s’arrimer à la mondialisation, de faciliter l’accès aux opportunités économiques et de créer une unité entre les communautés de l’île.

En 2015, l’anglais a dépassé le mandarin comme langue la plus utilisée au quotidien. Aujourd’hui, 85 % des Singapouriens parlent anglais à des degrés divers, et près de 40 % le maîtrisent parfaitement. Mais attention, l’anglais de Singapour n’est pas une copie conforme de celui de Londres ou New York. Il s’est transformé en « singlish », ce mélange savoureux d’anglais, de chinois et de tournures locales. Seule une minorité, environ 15 %, utilise l’anglais standard au quotidien, tandis que le gouvernement multiplie les campagnes de sensibilisation pour promouvoir un usage plus académique et international de la langue.

La deuxième langue parlée à Singapour est le mandarin

Le basculement s’est opéré récemment : le mandarin a perdu sa place de première langue, mais il reste solidement ancré dans le paysage singapourien. Pourquoi cette importance ? Trois quarts des habitants de l’île ont des origines chinoises. L’enseignement bilingue anglais-chinois est ainsi devenu la norme dans les écoles.

Jusqu’aux années 1980, les différentes variantes du chinois, le hokkien, le teochew, le cantonais, rythmaient la vie des communautés. Hokkien, par exemple, était la langue des affaires entre Chinois, Malais et Indiens. Pourtant, le gouvernement a misé sur le mandarin pour fédérer la communauté chinoise autour d’une langue commune. En 1979, une vaste campagne a été lancée pour encourager cette transition. Dans les années 1990, l’essor économique de la Chine a renforcé ce choix : parler mandarin, c’était aussi ouvrir la porte à de nouveaux marchés.

La combinaison anglais-mandarin s’est donc généralisée, au point de devenir la pratique la plus courante dans les foyers singapouriens. Le basculement de 2015, où l’anglais est passé devant le mandarin, n’a pas effacé l’influence du chinois, mais a confirmé l’évolution rapide des usages linguistiques sur l’île.

La troisième langue parlée à Singapour est le malais

Le malais tient une place à part. Il s’agit de la langue nationale, héritage historique et symbole d’ancrage régional, puisque c’est aussi la langue officielle du Brunei, de l’Indonésie et de la Malaisie.

Depuis les années 1970, le malais n’est plus la langue maternelle majoritaire, mais il joue toujours un rôle pivot. Il sert de passerelle entre les différentes communautés, et permet la communication dans de nombreux contextes où les origines des interlocuteurs divergent. Deux grandes variantes du malais coexistent, mais une norme commune a été fixée : le Bahasa Melayu. Cette version standardisée est aujourd’hui utilisée par 10 % de la population singapourienne.

Tradition, cérémonies militaires, hymne national : le malais continue d’occuper une place de choix dans les moments officiels et les symboles collectifs.

La langue officielle la moins parlée à Singapour est le tamoul

Le tamoul, enfin, complète le quatuor officiel. Sa présence s’explique par la forte implantation de la communauté indienne sur l’île. Ce n’est pas seulement à Singapour qu’il s’entend : le tamoul est également parlé dans le Tamil Nadu, à Pondichéry, dans le sud de l’Inde et au Sri Lanka.

Environ 60 % des Indiens de Singapour ont le tamoul comme langue maternelle. Malgré sa minorité numérique, cette langue conserve sa place dans la vie publique, à l’école comme dans l’administration.

L’anglais, langue véhiculaire, facilite les échanges pour les visiteurs et les expatriés. Pourtant, le quotidien linguistique ne se limite pas à l’usage d’un anglais international. Le singlish, ponctué d’expressions chinoises et d’un accent unique, surprend souvent les nouveaux arrivants. Le décalage avec l’anglais académique enseigné à l’école en France ou ailleurs est réel : il faut parfois du temps pour s’ajuster, mais c’est aussi une part du charme singapourien.

Quatre langues officielles, des dizaines de dialectes, et une société qui jongle chaque jour entre héritage et ouverture. À Singapour, la diversité linguistique n’est pas un slogan, c’est la réalité de chaque conversation.

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