Ce qui fait de Pékin la capitale incontournable de la Chine

Oubliez les débats d’école, la question du nom de la capitale chinoise se frotte à un paradoxe bien concret : faut-il dire Pékin ou Beijing ? Derrière cette simple question se cache une histoire de langue, de politique, de culture, et, parfois, d’une subtile résistance à la mondialisation.

Pour dire que Pékin est correct dans les deux cas, la différence est la norme et l’usage.

Le mot « Pékin », c’est la version francisée du nom de la capitale chinoise, utilisée depuis le XVIe ou XVIIe siècle. Elle s’est imposée au fil des siècles sur les bancs de nos écoles et dans la bouche des voyageurs. Plus récemment, « Beijing » a fait son entrée dans le vocabulaire international : il s’agit d’une transcription fidèle à la prononciation chinoise, issue du système pinyin qui retranscrit les sons du mandarin (běi pour « nord », jīng pour « capitale » : Beijing, la capitale du Nord).

En 1977, la Conférence des Nations Unies propose d’adopter le pinyin comme système de référence pour la normalisation des noms géographiques. Résultat : « Beijing » devient la forme recommandée à l’international, parce qu’elle colle à la réalité linguistique locale. Cette décision est confirmée en 1982. Pourtant, le terme « Pékin » continue de hanter les colonnes de la presse francophone. Pourquoi ? Par fidélité à une tradition, mais aussi sous l’influence de la fameuse « exception culturelle » défendue par la Commission nationale de toponymie.

Pour notre part, nous avons choisi d’utiliser la forme internationale « Beijing » pour parler de la capitale dans le cadre de cette méthode d’apprentissage du chinois. Plusieurs raisons motivent ce choix, au croisement de la pragmatique, de la pédagogie et d’un certain réalisme.

Le chinois étant la langue :

Voici trois arguments concrets qui expliquent ce parti pris :

  • Sur le plan du nombre de locuteurs, le chinois s’impose comme la langue la plus parlée au monde (plus d’1,3 milliard de personnes). Utiliser la version locale du nom permet d’être compris immédiatement, sans passer par une traduction intermédiaire.
  • Côté stratégie, impossible d’ignorer que l’avenir se joue en partie sur l’axe économique Chine-Reste du Monde. S’approprier la terminologie chinoise, c’est aussi s’ouvrir les portes d’un univers professionnel en pleine expansion.
  • Enfin, sur le terrain diplomatique et politique, adopter « Beijing » revient à faire le choix de la modernité et du dialogue avec une civilisation millénaire qui se transforme à une vitesse fulgurante.

En résumé : pour dialoguer efficacement à l’international, et surtout hors des frontières françaises,, mieux vaut dire « Beijing » que « Pékin ». L’usage s’étend d’ailleurs à d’autres villes : Nanjing, littéralement « capitale du Sud », remplace peu à peu « Nankin » dans les échanges mondiaux.

La langue s’adapte, les usages évoluent, mais une chose demeure : chaque mot choisi dessine une manière de voir le monde. La prochaine fois qu’un billet d’avion mentionnera « Beijing », il n’y aura plus d’équivoque. Le voyage commence déjà dans la façon de nommer la destination.

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