Tout ce qu’il faut savoir sur la monnaie libanaise aujourd’hui

Les Libanais sont sortis du confinement en colère contre l’inamovible Riad Salamé, gouverneur de la Banque du Liban (BDL) et leurs autorités en général pour la perte de leur pouvoir d’achat, la hausse du chômage (un taux de 35 %) et la pauvreté qui touche 45 % des habitants. La chute spectaculaire de la livre libanaise (LL), qui se négocie à 6000 unités par dollar pour un ratio de 1 500 pour 1 USD qui n’a pratiquement pas changé depuis son indexation sur le dollar en 1997, s’est accélérée depuis avril, poussant les rues de Beyrouth et de Tripoli à s’enflammer. Le gouvernement a mis le

cap sur une gestion de crise qui ressemble à une fuite en avant. En quelques semaines, la livre libanaise a perdu près de 80 % de sa valeur. Les retraités, jadis épargnants confiants, découvrent que leurs économies fondent comme neige au soleil. Les salariés du secteur privé, payés en livres, peinent à couvrir les dépenses du quotidien. Une scène devenue banale : à la caisse d’un supermarché, un client abandonne une partie de ses courses, faute de pouvoir régler la note qui s’est envolée depuis la veille.

Pour comprendre comment le Liban en est arrivé là, il faut revenir sur le système monétaire mis en place depuis la fin de la guerre civile. En 1997, la parité fixe, 1 500 LL pour un dollar américain, semblait garantir la stabilité. Pendant plus de vingt ans, la population s’est habituée à cette illusion de sécurité. Mais derrière la façade, la dette publique explosait et les réserves en devises s’évaporaient. Lorsque la machine s’est grippée, les banques ont imposé des restrictions sur les retraits en devises, puis en livres, piégeant particuliers et entreprises dans un cercle vicieux.

Voici les principaux aspects qui caractérisent la situation actuelle de la monnaie libanaise :

  • La livre libanaise circule désormais selon plusieurs taux de change : le taux officiel (1 500 LL/USD), le taux du marché noir (jusqu’à 6 000 LL/USD, parfois davantage), et des taux intermédiaires appliqués par certains commerces et institutions.
  • Les transferts de fonds depuis l’étranger, traditionnellement un pilier de l’économie, ne suffisent plus à compenser la dégringolade de la monnaie locale.
  • Les prix des biens importés explosent, rendant inaccessibles produits alimentaires, médicaments ou carburant pour une part croissante de la population.

La BDL tente de limiter la casse en injectant des dollars sur le marché et en multipliant les annonces. Mais sans réformes de fond ni retour de la confiance, la livre continue de plonger. Les petits commerçants jonglent entre les différents taux de change, les restaurateurs ajustent leurs menus à la semaine, certains proposent même de payer en dollars ou en euros pour éviter de s’enliser dans la spirale.

Dans les bureaux de change de Beyrouth, la tension est palpable. Les files s’allongent. Chacun cherche à préserver ce qu’il peut de son épargne, quitte à convertir ses livres en dollars à prix d’or. Les devises étrangères, si elles circulent encore, sont devenues le sésame des familles qui peuvent compter sur la diaspora.

Pour les Libanais, la monnaie n’est plus un simple moyen d’échange : c’est un combat quotidien pour la survie économique. À chaque fluctuation, l’anxiété grimpe d’un cran, l’incertitude s’installe. Et la question lancinante demeure : combien de temps ce fragile équilibre pourra-t-il tenir avant de basculer définitivement ?

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